Après le rejet de l'AFC et de la CONCACAF, la présidence de Gianni Infantino elle-même menacée.
Par Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
ZURICH — 31 juillet 2026
En l'espace de quarante-huit heures, le projet de privatisation partielle de la Coupe du monde porté par Gianni Infantino a perdu le soutien de trois des six confédérations continentales du football mondial. Après l'UEFA jeudi, la CONCACAF a rejeté formellement le projet le jour même, tandis que la Confédération asiatique de football (AFC) a mis en garde ses membres contre les risques d'une telle initiative. Une opposition d'une ampleur inédite, qui fait dire à plusieurs observateurs que c'est désormais la présidence même de Gianni Infantino, jusque-là considérée comme acquise pour un quatrième mandat, qui se retrouve fragilisée.
Une contestation qui s'étend en quelques jours
Le projet à l'origine de cette crise, la FIFA Forward Enterprise (FFE), avait été confirmé par la FIFA le 28 juillet : une société commerciale valorisée à 20 milliards de dollars, censée regrouper les droits commerciaux de la Coupe du monde et de la Coupe du monde des clubs, et ouverte à hauteur d'environ 20 % à des investisseurs privés, pour lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars. Selon les informations de la presse britannique, le fonds Thrive Eternal, dirigé par Joshua Kushner — frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump — figurerait parmi les premiers investisseurs pressentis pour diriger ce groupe d'investisseurs.
La réaction est venue en premier lieu de l'UEFA. Réunie en urgence, l'instance européenne a annoncé, jeudi 30 juillet, que ses 55 fédérations membres avaient voté à l'unanimité le boycott de toutes les compétitions de la FIFA, et pas seulement de la Coupe du monde, tant que le projet resterait à l'ordre du jour. L'UEFA a qualifié la méthode de « gouvernance par la peur » plutôt que de « décision démocratique », et a averti que l'arrivée d'investisseurs extérieurs changerait « à jamais » la nature du football, transformant le rendement financier en obligation permanente.
Le même jour, la CONCACAF, qui représente 41 fédérations d'Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, a formellement rejeté le projet à l'issue d'une réunion de ses présidents de fédérations. Dans son communiqué, l'instance dénonce « l'absence de procédure régulière », le « délai artificiellement court » imposé pour se prononcer, et l'absence de tout examen ou approbation par les organes de gouvernance compétents de la FIFA. La CONCACAF a par ailleurs demandé à ses représentants au Conseil de la FIFA d'explorer des solutions alternatives, notamment l'utilisation des réserves financières existantes de la FIFA pour renforcer le programme de développement FIFA Forward déjà en place, plutôt que de recourir à des capitaux privés.
Le lendemain, c'est au tour de la Confédération asiatique de football (AFC), forte de 46 membres, de hausser le ton. Son président, Cheikh Salman ben Ibrahim Al-Khalifa, a averti ses fédérations membres que « les actions unilatérales de la FIFA semblent discréditer les fondements mêmes du football continental », et a mis en garde contre les risques que ce projet ferait peser sur les propres compétitions de la confédération asiatique. L'AFC a depuis affirmé se tenir « en solidarité » avec l'UEFA et la CONCACAF. Seule la Confédération africaine de football (CAF) n'a, à ce stade, pas arrêté de position officielle, se contentant d'indiquer qu'elle évalue toujours la proposition.
Les enjeux : pourquoi cette opposition menace directement Gianni Infantino
Cette contestation ne se limite pas à un débat sur le modèle économique du football mondial. Elle prend une dimension directement personnelle pour le président de la FIFA.
Sur le plan strictement arithmétique d'abord : l'UEFA et la CONCACAF représentent à elles seules 96 voix sur les 211 fédérations membres de la FIFA, chaque fédération disposant d'une voix égale lors des votes de l'organisation. Une majorité simple étant nécessaire pour approuver la création de la FFE, l'addition de ces oppositions rapproche mécaniquement le projet du seuil de blocage, même sans l'AFC ni la CAF.
Sur le plan politique ensuite : jusqu'à onze jours avant l'éclatement de cette crise, à l'issue de la finale de la Coupe du monde 2026 à East Rutherford, dans le New Jersey, Gianni Infantino semblait promis à une réélection sans opposition pour un quatrième et dernier mandat à la tête de la FIFA, qui s'étendrait jusqu'en 2031. La date limite pour qu'un candidat déclare son intention de se présenter à cette élection, prévue en mars 2027 à Rabat, au Maroc, est fixée au 18 novembre 2026. C'est précisément ce calendrier électoral qui rend la contestation actuelle si sensible pour le président sortant : pour la première fois depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016, sa reconduction n'apparaît plus comme une simple formalité, dans un climat où la colère et la frustration montent chez plusieurs des six confédérations continentales.
Ce climat s'ajoute à un autre point de friction déjà identifié par plusieurs responsables du football, qui affirment, sous couvert d'anonymat, que Gianni Infantino envisagerait d'occuper, après la fin de son mandat de président de la FIFA, un poste de « commissionnaire » rémunérateur au sein de cette même FFE — un rôle qui nourrit les accusations de conflit d'intérêts entre ses fonctions actuelles et son avenir professionnel une fois la présidence de la FIFA achevée.
Les positions en présence
La stratégie de Gianni Infantino : diviser pour construire une majorité
Face à la contestation, le président de la FIFA a choisi de renforcer son offre financière plutôt que de reculer. Dans un courrier adressé mardi soir aux 211 fédérations membres, il a annoncé le doublement du financement de base initialement promis, porté de 10 à 20 millions de dollars par an sur les quatre prochaines années — ce qui porterait, selon ses propres calculs, le financement total de chaque fédération par la FIFA à 86 millions de dollars d'ici 2038, contre environ 36 millions de dollars sans le projet. Cette approche vise explicitement les fédérations les plus petites et les moins dotées financièrement, pour qui cette somme représente un apport considérable, quel que soit par ailleurs leur poids sportif ou économique réel dans le football mondial. Gianni Infantino présente par ailleurs le projet comme relevant d'un choix volontaire et démocratique, et non d'une obligation imposée aux fédérations.
La stratégie des confédérations opposées : la dénonciation publique et la menace de boycott
En face, l'UEFA, la CONCACAF et l'AFC ont privilégié une stratégie de dénonciation publique rapide et coordonnée, appuyée sur la menace du boycott plutôt que sur un blocage institutionnel direct — la FIFA restant l'organe décisionnaire final du processus de vote. L'UEFA est allée le plus loin en annonçant un boycott unanime et immédiat de toutes les compétitions de la FIFA en cas de maintien du projet, une décision dont la mise en œuvre effective représenterait une rupture sans précédent, sachant que les équipes européennes ont remporté cinq des six dernières éditions de la Coupe du monde. La CONCACAF, sans aller jusqu'à la menace explicite de boycott, a choisi de contester la méthode plus que le principe même d'un financement complémentaire, en proposant une alternative fondée sur les réserves financières existantes de la FIFA. L'AFC, de son côté, a opté pour un avertissement plus mesuré, centré sur les risques indirects pour ses propres compétitions continentales, sans pour autant rejeter catégoriquement le projet à ce stade.
Impact global pour les fédérations, les joueurs et le football mondial
Pour les 211 fédérations membres de la FIFA, l'échéance du 19 septembre 2026, fixée pour se prononcer sur le projet, place chacune d'entre elles face à un choix individuel aux conséquences potentiellement contradictoires avec la position de leur propre confédération continentale. Une fédération nationale membre de l'UEFA, par exemple, devra composer avec la position de boycott votée par sa confédération, tout en évaluant l'intérêt financier direct que représenterait, à titre individuel, l'acceptation de l'offre de la FIFA.
Pour les joueurs, cette crise de gouvernance s'ajoute à des inquiétudes déjà anciennes sur la densité du calendrier international et la multiplication des compétitions organisées par la FIFA, régulièrement dénoncées par le syndicat mondial des footballeurs professionnels. Une privatisation partielle des compétitions phares, si elle devait s'accompagner d'une pression accrue pour maximiser les revenus commerciaux — comme l'a illustré, lors du dernier Mondial, l'instauration de pauses d'hydratation obligatoires à la mi-temps de chaque période, permettant aux diffuseurs de programmer des écrans publicitaires supplémentaires — pourrait raviver ces tensions entre instances dirigeantes et représentants des joueurs.
Pour le football mondial dans son ensemble, cette séquence illustre surtout une fracture inédite entre les grandes confédérations continentales et l'organe qui les chapeaute historiquement. Selon un précédent similaire survenu en 2021, la menace d'un boycott européen avait déjà suffi à faire échouer un précédent projet de Gianni Infantino, qui visait alors à organiser la Coupe du monde tous les deux ans plutôt que tous les quatre ans. Reste à savoir si l'addition, cette fois, de l'opposition de l'UEFA, de la CONCACAF et des réserves exprimées par l'AFC aura un effet similaire, ou si, comme le suggèrent certains observateurs proches du dossier, la stratégie de Gianni Infantino consistant à s'assurer le soutien des fédérations les plus petites et les plus nombreuses lui permettra malgré tout de réunir une majorité au terme du processus de vote.
Et maintenant ?
Le vote formel des 211 fédérations membres sur la création de la FIFA Forward Enterprise reste fixé au 19 septembre 2026. D'ici là, la position de la Confédération africaine de football, qui n'a pas encore tranché, pourrait s'avérer déterminante dans l'équilibre final des voix. Sur le plan personnel, la capacité de Gianni Infantino à traverser cette crise sans dommage pour sa propre position sera scrutée de près jusqu'à l'échéance du 18 novembre 2026, date limite fixée pour la déclaration d'éventuels candidats concurrents à l'élection présidentielle de la FIFA prévue en mars 2027 à Rabat.
Fonte Originale: Makaya enfo
Auteur
Makaya enfo — Chroniqueur Makaya Enfo
Journaliste sportif. Spécialiste du football haytien et des compétitions internationales.
Sources et transparence
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